Walf Fadjri
Nouha Djighaly : Une vie brisée par le conflit casamançais
Son ‘passage’ sur la terre résume à lui tout seul toute l’atrocité du conflit casamançais. Après avoir perdu ses parents dans un accident de mine en 1993, Nouha Djighaly est tombé à son tour, avec une dizaine de ses amis, sous les balles d’hommes armés qui, depuis les années 80, font régner la terreur en Casamance.
(Correspondance) - Il allait avoir trente ans dans quelques semaines. Mais, le destin a décidé que Nouha Djighaly n’atteindra pas cet âge qui fait miroiter des possibilités d’une vie meilleure à tout garçon de son âge. C’est d’ailleurs cet espoir qui a toujours poussé le jeune homme à braver l’insécurité qui caractérise la forêt de Diagnon. Ce rêve qu’il a toujours caressé, Nouha Djighaly ne le réalisera jamais à cause d’un sort qui a décidé de s’acharner sur lui et sur sa famille.
Ce sort, très tôt, a empoisonné la vie de Nouha Djighaly. Car, après sa naissance, Nouha perd l’usage de sa main droite après un accident. Les prémices d’une enfance difficile sont dès lors là. Au milieu de ses cinq frères et quatre sœurs, le petit Nouha tente de surmonter son handicap qui a fait de lui un enfant à part. Comme tout garçon de son âge, il fréquente l’école primaire. Mais, le regard des autres étant difficile à supporter, Nouha Djighaly abandonne l’école.
Désormais, il ne pouvait compter que sur le soutien de ses proches, notamment de ses parents. Ces derniers ont toujours été là pour soutenir le garçon qui refusait pourtant de vivre dans l’oisiveté comme s’il sentait que son père et sa mère allaient bientôt lui fausser compagnie. Encore une fois, le destin s’acharne sur Nouha Djighaly puisqu’en 1993, ses parents meurent dans un accident par mine entre les villages de Niadiou et Albondy. Un accident qui avait fait 23 morts, tous des citoyens qui se rendaient à Camaracounda pour voter.
Depuis lors, le vide s’est créé autour du jeune Nouha qui a compris qu’il fallait se battre pour survivre. Faisant fi de son handicap, il va à l’assaut de la forêt située entre son village natal, Bissine, que ses parents avaient quitté plusieurs années plus tôt pour échapper aux bandes armées, et Diagnon. Et pendant des années, cette zone sera le lieu d’expression du refus de capituler du jeune homme.
C’est ici que Nouha Djighaly trouve les moyens qui lui permettaient de s’épanouir et de prendre en charge sa petite fille âgée aujourd’hui de neuf ans. C’est d’ailleurs cette gamine élève en classe de CE1, qui est le sens de tout le combat de Nouha Djighaly, célibataire de son état. C’est en partie pour elle que Nouha est mort dans la forêt à cause d’un conflit armé.
En grandissant, la jeune fille se posera certainement très souvent cette question : Pourquoi cette guerre ? Ce conflit qui l’a privée de l’amour de ses grands parents qu’elle n’a jamais connus, et qui l’empêche aujourd’hui de s’épanouir sous les ailes protectrices d’un père qui ne la verra hélas pas grandir.
Mamadou Papo MANE
lundi 5 décembre 2011
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