LA CASAMANCE: "LA CASAMANCE.
La Casamance, telle qu’elle survit…
Grâce à Marie-Renée et Michel Papot, le 12 juin dernier, une cinquantaine de personnes a découvert cette province du Sud du Sénégal, attachante, mais en proie à de multiples difficultés, notamment une situation sanitaire inquiétante. Présidée par leur fils Patrice, l’Association des Amis et des Anciens de la Casamance, en convoyant là-bas des « 4L »transformées en « ambulances », en épaulant le personnel médical local, participe à un mouvement d’aide qui, longtemps, restera indispensable.
Quel est le point commun entre Saint-Jean d’Angély et Ziguinchor, capitale de la Basse Casamance ? Réponse : Michel Papot : il a été successivement proviseur du lycée angérien, à l’époque où celui-ci était abrité à l’Abbaye Royale, et de celui de cette cité du sud du Sénégal. Son épouse Marie-Renée et lui-même restent très attachés à cette province et à ses habitants, à tel point qu’ils ont voulu les faire découvrir aux Rotariens, mais aussi à d’autres, en organisant, le vendredi 12 juin, une soirée… à l’Abbaye Royale.
Foin des images touristiques convenues ! C’est la réalité économique, sociale et culturelle du pays que la cinquantaine de personnes présentes a pu découvrir grâce à un film tourné fin 2008, à l’occasion du 8ème raid humanitaire de l’Association des Amis et Anciens de la Casamance, aujourd’hui présidée par Fabrice, le fils de Michel et de Madeleine.
Cette association, qui compte 250 membres et dont le siège se trouve à Olby, près de Clermont-Ferrand, a été créée à la fin des années 80, à l’initiative d’un coopérant, Jean Lassalas, et de quelques-uns de ses amis. Laissant place à la « sénégalisation » de l’administration locale, ils étaient rentrés en France sans pouvoir oublier ni la Casamance, ni les Casamançais, confrontés, chaque jour, aux difficultés de la vie dans le Sahel.
Des malades en brouette…
Très vite, un projet est né : acheminer là-bas des « 4L » d’occasion retapés en France, dans une dizaine de lycées techniques, et les offrir aux dispensaires de brousse pour leur permettre de transporter les malades dans les hôpitaux dans des conditions acceptables. Jusqu’alors, cela se faisait en charrette, voire en brouette…
Le 31 octobre dernier, sous la pluie du Massif Central annonçant l’hiver, la huitième caravane s’est donc élancée, sans tapage médiatique, pour rejoindre Ziguinchor trois semaines plus tard. Un parcours de 6 542 kilomètres, via l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie, qui, bien sûr ne fut pas de tout repos pour la quarantaine de convoyeurs, mécaniciens, médecins, infirmières et bénévoles. 25 véhicules au total, dont trois camions d’assistance et deux « 4L », les autres « ambulances » à livrer étant des « Express » ou des « Kangoo », progrès automobile oblige.
Le film de Louis et Marie-Hélène Pireyre ne s’attarde que quelques minutes sur cette partie de l’aventure, pour laisser place ensuite à la découverte de cette « Attachante Casamance ».
Au fil des ans, la région, essentiellement agricole, s’est appauvrie. Eloignée du pouvoir central, séparée de Dakar par la Gambie, peuplée de tribus animistes et de chrétiens, alors que le reste du Sénégal est musulman, secouée, depuis 26 ans, par des troubles séparatistes, encore sous le choc du naufrage, en 2002, du « Joola » (1 800 morts), la Casamance, pourtant, ne baisse pas les bras. Même si trop nombreux sont encore ses fils qui préfèrent les risques de l’émigration vers l’Europe…
Ses activités traditionnelles sont en déclin - pêche, chantiers de construction de pirogues, transformation des arachides,…-, mais un nouveau port, financé par l’Union Européenne, apporte un peu d’espoir.
Modernisme et respect des traditions
Malgré la salinité de l’eau, la riziculture, qui se pratique en famille, s’est développée et assure l’autosuffisance alimentaire. Mais, dans les zones humides, la mangrove s’est dégradée et sa réhabilitation est un enjeu régional. Ce sont des groupes de promotion féminine qui l’ont relevé, en entreprenant des plantations de palétuviers.
Ces mêmes associations, en brousse, sont souvent à l’origine du lancement d’activités nouvelles, surtout agricoles. Ici et là, grâce au tracteur, on est passé du maraîchage à la production céréalière -millet, maïs, sésame,…- avec, en bout de chaîne, une usine de traitement de ces productions. Des maisons en dur remplacent parfois les cases ancestrales en forme d’anneau, où vivaient ensemble quatre ou cinq familles… Ici, le village compte 18 puits, là, l’eau manque en fin de saison sèche…
Tout cela n’empêche pas les Casamançais de maintenir leurs traditions. Comme depuis toujours, le Roi des Diolas -l’une des principales ethnies de la région- règle les conflits, aide les indigents, prie, œuvre pour la paix… et l’initiation des jeunes garçons se pratique encore dans le bois sacré. Quant au menteur, le « breuvage vérité » peut le confondre, voire lui ôter la vie…
« Attachante Casamance » propose quelques-unes de ces belles images « chromo » d’une Afrique « coutumière ». Mais c’est aussi -et avant tout- un reportage sans concession sur la réalité sanitaire d’un pays qui, sur ce point, reste à des années lumière de la situation dans les pays du Nord. Certes, Dakar a élaboré une organisation très pointue des services de santé… Mais il y a loin du plan ministériel à la réalité.
Plus encore que les images, les témoignages de Patrice Papot, du médecin et des infirmières qui, avec lui, animaient cette soirée, ont donné la mesure de l’effort qu’il reste à accomplir pour aboutir à une situation sanitaire décente en Casamance. Certes, l’hôpital régional de Ziguinchor est équipé de blocs opératoires modernes, mais il est quelquefois inemployé, faute de chirurgien, faute d’anesthésiste, en raison aussi de fréquentes ruptures de stocks de médicaments… Et ce sont bien souvent les familles qui doivent se cotiser pour payer le matériel nécessaire aux opérations. Elles fournissent aussi les repas que prennent les malades…
Des matrones en guise de sages-femmes
Un ou deux médecins sont affectés à chaque hôpital de district, mais ils s’occupent de l’administration… et ce sont des infirmiers qui se chargent des consultations. A la maternité, une sage-femme remplace la gynécologue… Dans les dispensaires et les postes de santé, répartis en brousse, la situation est encore plus inquiétante. Certains ont jusqu’à 8 000 personnes en charge, sur un territoire immense. Plusieurs heures de marche sont parfois nécessaires au malade pour rencontrer, non pas l’infirmier diplômé, plus ou moins compétent, censé diriger ce dernier maillon du système sanitaire, mais un simple agent de santé communautaire… Quant aux accouchements, ils sont pratiqués par des matrones, qui font office de sages-femmes…
Comment s’étonner, dans ces conditions, que la mortalité maternelle reste très importante ? Que 20% des enfants meurent encore avant l’âge de cinq ans ? Que le paludisme continue à faire des ravages ? Qu’outre celle-là, les principales pathologies restent les mêmes : insuffisance respiratoire, parasitoses, hypertension, surinfections cutanées, tuberculose,… ? Auxquelles il faut maintenant ajouter le sida, même si les bénévoles de l’association des Amis et Anciens de la Casamance n’en ont étonnement dépisté aucun cas lors de leur dernier séjour dans ces postes de brousse.
Une telle situation nécessite et continuera longtemps à nécessiter des initiatives comme celle que Michel Papot a tenu à faire connaître. Depuis la première expédition, 180 véhicules-ambulances ont été convoyés, pour la plupart, en Casamance. Aujourd’hui, une centaine d’entre eux sont encore utilisés. Et il ne fait aucun doute qu’ils sauvent, chaque jour, des vies humaines.
Prochaine expédition à l’automne 2010
Outre cet aspect spectaculaire de leur action, les Amis et Anciens de la Casamance organisent aussi, chaque année, des séjours là-bas, pour, pendant deux ou trois semaines, épauler le personnel sanitaire local, le former, ici rappeler les base de l’hygiène, là organiser les consultations prénatales. Tandis que d’autres enseignent la mécanique automobile… pour prolonger la vie des « 4L »…
En seize jours de consultations en brousse, l’un des participants à l’expédition 2008 présent à l’Abbaye Royale a rencontré 926 patients, dont 532 jeunes de moins de 14 ans. Il a diagnostiqué 500 cas de paludisme...
Même si les médecins et les infirmiers casamançais sont, pour la plupart, très dévoués -nombreux sont ceux qui, en poste à l’hôpital, assurent des soins en brousse le week-end-, même si, peu à peu, le Sénégal entreprend d’améliorer la situation sanitaire de la Casamance, il faut d’évidence que de telles initiatives généreuses se poursuivent. La prochaine expédition des Amis et Anciens de la Casamance est déjà programmée. Le départ est prévu à l’automne 2010 et 22 véhicules sont, dès maintenant, en préparation !
Serge Hirel.
Retour au sommaire de juillet/août 2009.
– Envoyé à l'aide de la barre d'outils Google"
jeudi 26 août 2010
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire