mercredi 7 avril 2010

CONSEQUENCES DES AFFRONTEMENTS EN CASAMANCE : Une année scolaire compromise, un village menacé de famine

CONSEQUENCES DES AFFRONTEMENTS EN CASAMANCE : Une année scolaire compromise, un village menacé de famine: "CONSEQUENCES DES AFFRONTEMENTS EN CASAMANCE : Une année scolaire compromise, un village menacé de famine"
l est 8 heures au CEM de Kenya, un des quartiers périphériques sud de Ziguinchor qui vit au rythme des affrontements opposant l'armée sénégalaise et les combattants du mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc). Les cours battent leur plein, mais cela cache mal la peur qui tourmente élèves, enseignants et membres de l'administration. Adama Danfa, élève en classe de quatrième témoigne, « Nous n'étudions pas depuis que les bombardements ont commencé, il y a une semaine. Dès que les tirs commencent, c'est la débandade, nous rentrons chez nous mais tout cela n'est pas prudent.

Aujourd'hui nous avons peur en permanence. Personnellement, quand je rentre à la maison, je n'arrive même pas à manger, et aussi psychologiquement je souffre. Je n'arrive plus à apprendre mes leçons à la maison et quand je me couche je ne dors pas. Parfois même, j'ai l'impression d'entendre des obus. 

Une fois la nuit tombée, personne n'ose circuler dans notre quartier qui devient fantôme à partir de 20 heures. Il y a les militaires parfois, mais cela n'est pas un gage de sécurité car, les rebelles viennent jusqu'à l'intérieur du quartier ». Même son de cloche chez son camarade Pape Mar Ndao qui confie : « Les affrontements nous perturbent énormément. 

Quand les tirs commencent, nous ressentons une peur bleue. Les roquettes passent au-dessus de nos têtes et les militaires tirent non loin de notre école. Des balles tirées à partir de la brousse tombent souvent à côté de nous. On ne peut plus suivre les cours dans ces conditions. Nous voulons qu'une solution soit trouvée pour nous mettre en sécurité. 

Et en attendant cela, nous préférons qu'on suspende carrément les cours. Certes, notre principal nous demande de rentrer à chaque fois que la situation devient dangereuse, mais cela ne nous met pas en sécurité car, un obus peut tomber sur nous à tout moment. Notre année scolaire est presque compromise ». 

Le principal du collège, Charles Mané, qui nous accordé un entretien entre deux séances de travail qu'il avait avec son personnel nous a confirmé les déclarations de ces élèves : « Si les tirs commencent, je suis obligé de libérer les élèves par mesure de prudence car, dès qu'ils entendent les détonations, ils s'affolent, on entend des cris partout. 

Même les enseignants paniquent. La situation actuelle est très préoccupante. En effet, l'année scolaire risque d'être très perturbée. Si les affrontements continuent, c'est sûr que nous nous ne pourrons pas atteindre le quantum horaire à la fin de l'année ». 

Outre le Cem de Kenya, affrontements affectent aussi les habitants des quartiers périphériques. Ces malheureux ne peuvent plus se rendre dans la brousse chercher des produits à vendre, à cause des obus qui s'y abattent depuis le début des bombardements. 

C'est du moins ce qu'affirme Françoise Kouka, un habitant. « Ces bombardements ont bouleversé notre existence, depuis qu'ils ont commencé. C'est par miracle que nous arrivons à manger. En fait, nous ne pouvons plus nous rendre en brousse pour chercher du charbon ou du bois mort pour le vendre au marché de Ziguinchor et acheter quelques kilogrammes de riz à ramener à la maison. 

Aujourd'hui, n'ayant plus rien à la maison, je me rends de l'autre côté de la ville pour voir si je peux obtenir un peu de légumes chez une parente pour les vendre au marché.

Tout un village menacé de famine

Jean Françoise Niouki, une autre femme du quartier se dit préoccupée par la campagne des noix d'acajou qui doit commencer d'ici le début du mois d'avril. « Voilà plusieurs jours qu'aucun habitant de ce quartier n'ose plus se rendre dans la brousse à cause de la violence. 

Nous restons sur place du matin jusqu'au soir. Vous savez dans ce quartier les gens vivent du commerce des produits qui viennent de la brousse. Si nous ne nous rendons pas en brousse, nous ne mangeons pas. La plupart des familles de ce quartier ne se contentent plus que d'un seul repas par jour. Cela est durement ressenti surtout par les enfants qui doivent se rendre à l'école.

 Mais le plus grave aujourd'hui, c'est que nous ne savons même pas si nous pourrons récolter nos pommes d'acajou. C'est même presque sûr que la campagne de cette année est compromise, car les pommes commencent à mûrir et aujourd'hui personne ne sait quand est-ce que les affrontements vont s'arrêter ; et une année sans vente de noix d'acajou signifie une catastrophe pour nous puisque cela entraînera forcément la famine ici". 

Françoise Kouka déplore, comme nos autres interlocuteurs, l'absence d'organisations humanitaires pour les aider, depuis le début des affrontements. ''En attendant, je suis entrain d'aménager cette parcelle pour faire un peu de maraîchage pour pouvoir nourrir mes enfants car aucune perspective d'aide ne pointe à l'horizon pour le moment. Depuis que les affrontements ont commencé. 

Mamadou DIALLO (Correspondant à ZIguinchor)

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